En tant que contribuables canadiens de la classe moyenne, vous faites tous office de dindons de la proverbiale farce où vous payez souvent la moitié de tous vos revenus en impôts, taxes et frais divers.

Pendant ce temps, une élite économique vous rit au visage en multipliant les recours aux échappatoires fiscaux entretenus par l’Agence du revenu du Canada (ARC) ainsi que Revenu Québec (RQ) en plus des nombreuses options de paradis fiscaux où le Canada entretient de très, très, très coûteuses ententes de non-double-imposition.

Pour tracer un portrait réaliste de la situation fiscale actuelle, au Canada, on retrouve plus de 30% de contribuables hélas trop pauvres pour payer 1 seul cent d’impôt et en haut de la pyramide économique, il y a le 1% (qui possède plus de 50% des richesses du pays) qui retient les services de fiscalistes “créatifs” pour ne rien payer ou alors, très, très peu.

Le SISP (secrétariat intersyndical) présente un bref aperçu du fonctionnement des paradis fiscaux et explique, en images, pourquoi c’est une arnaque.

L’effondrement de notre pouvoir d’imposition

L’élite économique canadienne peut bien rire.

Malgré la colossale fortune de plusieurs de ses membres, l’élite économique canadienne dont il est question ici n’a aucune intention de participer de manière équitable à l’effort collectif via une participation proportionnelle à l’imposition de l’État (fédéral, provincial et municipal, chaque niveau ayant ses “stratégies d’évitement”).

Au contraire, cette élite économique utilise à fond les outils mis à leur disposition, de manière légale, par nos élus et nos institutions censées percevoir leur juste part à chaque citoyen ainsi qu’à chaque société.

Or, on constate l’agressivité hors-norme de l’ARC et de RQ contre les citoyens des classes pauvres et moyennes si elles oublient de verser ne serait-ce qu’un 10 cents qu’elles seraient réputées “devoir à l’État” mais lorsqu’il est question de fermer les yeux devant les plus récents 2 milliards de dollars que l’Empire Irving a choisi de transférer, légalement, dans un paradis fiscal, là, le fisc brille de tous ses feux!

Brigitte Alepin parle de “Ces riches qui ne paient pas d’impôt”.

En effet, on comprend que l’impôt, c’est pour la classe moyenne.

L’élite économique qui serait censée participer de manière juste et équitable à l’effort collectif n’a aucune gêne à s’en soustraire.

Cette même élite économique utilise massivement nos infrastructures publiques mais rivalisent d’ingéniosité pour éviter de payer leur juste part. Et ils se croient plus fins que les autres d’être capables de contourner l’une de leurs responsabilités sociales parmi les plus fondamentales.

Ça laisse le reste de la population libre d’entretenir un très sérieux cynisme à leur endroit. Et pour cause.

À quel point on se fait jouer par l’élite économique canadienne

L’organisme canadien pour une fiscalité équitable estime que 353 milliards de dollars ont été envoyés en 2018 par des entreprises du Canada vers des pays où les impôts sont minimes ou inexistants.

On ne parle même pas des riches canadiens mais seulement des entreprises!

C’est une véritable saignée d’argent… aux dépens de tous les Canadiens, sauf les membres de cette toute petite élite économique.

Cet énorme perte sèche pour le Canada nous est relayée via les Positions d’investissement direct étranger en fin d’année publiées le 24 avril 2019, par StatCan.

Ce tableau édifiant provient du rapport sur l’Investissement direct étranger, 2018 où il est expliqué que la hausse des investissements directs canadiens à l’étranger serait principalement attribuable à un dollar canadien plus faible. On parle de 10% de plus en 2018 qu’en 2017 alors on comprend qu’au fond, c’est une tendance lourde qui va en augmentant.

En clair, le Canada s’appauvrit sans cesse.

Et l’élite économique canadienne, elle, pendant ce temps, s’enrichit de manière exponentielle à l’abri de toute imposition canadienne, à la faveur d’impositions nulles ou “de complaisances” dans des paradis fiscaux.

C’est à lever le coeur de voir que parmi les 10 plus importantes destinations pour les capitaux canadiens vers l’étranger, on retrouve (dans l’ordre) le Luxembourg, la Barbades, les Bermudes, les Îles Caïmanes et les Bahamas… tous des paradis fiscaux!

Répétons le chiffre: 353 milliards de dollars qui ont échappé au fisc canadien, en 2018. Et c’était des sommes tout aussi inconfortables à chaque année, depuis des décennies.

Pas surprenant qu’autant de membres de la classe moyenne canadienne réclament la fin des ententes de non-double-imposition avec les principaux paradis fiscaux.

Alain Deneault nous invite à lever le voile sur les paradis fiscaux.

Règles inégales

Comment les petits entrepreneurs peuvent-ils avoir une quelconque chance de concurrencer les riches industriels qui ne paient pas leur juste part d’impôt?

Ça créé un monde de barons d’une part, avec leurs armées de fiscalistes “créatifs” et de serfs (dans le sens de “servitude”), de l’autre.

Si vous lisez ce billet, vous faites partie des serfs.

Rares sont les barons, à savoir les membres de l’élite économique canadienne, qui s’intéressent à des billets comme celui-ci, trop occupés qu’ils sont à déjouer les règles de l’imposition de nos agences fiscales.

La délinquance fiscale des très riches engendre encore plus de délinquance fiscale de ceux qui rêvent de le devenir

Devant l’évidence que les paradis fiscaux fonctionnent très bien pour les très riches, ceux qui veulent le devenir tendent à les émuler, créant du coup une génération montante de délinquants fiscaux.

Ces nouveaux délinquants ajoutent au fardeau social que doit supporter la classe moyenne mais ces nouveaux prétendants à la richesse prétexteront qu’ils ne pourraient pas concurrencer l’establishment s’ils n’utilisaient pas les mêmes passes-passes fiscales qu’eux.

Alors vogue la galère, les paradis fiscaux deviennent la norme, aussi bien chez les très riches que ceux qui ambitionnent de le devenir.

Et le fisc ne fait absolument rien pour les en décourager.

La capsule 7 jours sur terre explique que plus les riches sont “pleins comme des boudins”, plus ils ont d’incitatifs pour dissimuler leur fortune au fisc.

Payer le moins d’impôt devient dès lors une obsession, au-delà du désir de payer le moins d’impôt possible, ce qui est tout à fait correct, il y a cette tendance à la normalisation de la délinquance fiscale qui fait un mal incalculable à notre capacité à entretenir notre société, au sens large.

L’émission Enquête de Radio-Canada a présenté la grande façade des paradis fiscaux au début de l’année 2017 mais la situation a empiré, depuis.

Le Canada s’endette pendant l’élite économique canadien place ses centaines de milliards de dollars, ailleurs

Au Québec, Richard Martineau fait partie de ceux qui s’offusquent de cette perte sèche pour tous les Canadiens… sauf pour la proverbiale poignée de privilégiés qui en profitent de manière complètement démesurée.

Même chose pour Emmanuel Martinez qui déplore lui aussi la passivité du gouvernement libéral fédéral de Justin Trudeau qui a encore récemment ajouté 3 nouveaux paradis fiscaux à nos accords ruineux de non-double-imposition.

Pascal Bergeron aussi dénonce l’ironie de notre Caisse de dépôt et de placements du Québec qui a transféré quelques 23 milliards de dollars dans des paradis fiscaux. Légalement mais à mille lieux de l’intention d’investir dans le potentiel commercial québécois.

Pour bien comprendre l’épouvantable drame de ces 353 milliards de dollars qui ont quitté le Canada, en 2018, pour aller être imposés ailleurs, parfois pour des investissements, parfois à la suite de montages fiscaux savamment conçus pour déjouer le fisc, on se retrouve avec des gouvernements (fédéral, provinciaux et municipaux) qui doivent s’endetter, souvent à l’étranger, pour compenser les imposants manques à gagner!

Autrement dit, la classe moyenne est étranglée de toute part pour que l’élite économique canadienne s’empiffre encore plus dans l’assiette au beurre… à ses dépens.

Croyez-vous que la classe moyenne acceptera encore longtemps d’être le dindon de la farce ou est-ce que celle-ci mettra fin à ces dérives fiscales légales mais hautement déviantes?

L’élite économique canadienne mise sur son portfolio de politiciens et de lobbyistes pour maintenir leur confortable statu quo où ils ont tous les avantages et à peu près aucune contrainte.

Ceci dit, la classe moyenne n’en peut plus de compenser pour ce que cette élite ne contribue plus à l’effort fiscale collectif alors peut-on imaginer un scénario où les déviances seraient identifiées, dénoncées et adressées à la faveur d’une plus grande justice fiscale?

Pour l’instant, rien ne bouge mais si la classe moyenne décide que “le party est fini” pour ceux qui nous volent en jouant à fond la carte “légale” de l’évitement fiscale, au sens large, alors les choses pourraient s’améliorer.

Pour toutes ces raisons, avec votre revenu limité et lourdement imposé, vous demeurez bien loin du paradis… fiscal.


Pour terminer, voyez les liens entre Justin Trudeau et les paradis fiscaux et pourquoi la situation actuelle, maintenue par cet élu et ses complices, ne doit pas continuer sans une très importante correction, en faveur d’une réelle justice fiscale, pour tous.

Alain Deneault à France Culture qui explique que derrière Justin Trudeau, il y a un système global de complaisance… et les Conservateurs ne sont pas mieux!
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