Suncor va exporter du pétrole albertain par bateau via le fleuve St-Laurent

Collectivement, il faut se demander si l’on est confortable avec l’idée que notre beau fleuve St-Laurent devienne le chemin d’exportation pour le pétrole albertain.

Les Québécois doivent rapidement s’interroger sur cette question parce qu’Alexandre Touchette de Radio-Canada nous apprend qu’un premier pétrolier chargé de brut de l’Ouest canadien devrait quitter Sorel-Tracy, au Québec, à la mi-septembre afin d’emprunter le voie navigable du St-Laurent pour une destination encore inconnue.

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Depuis la semaine dernière, Suncor Energy, inc. a commencé à acheminer du pétrole par train, à raison de 60 wagons-citernes par jour, jusqu’au terminal de Kildair, à Sorel-Tracy.

Le pétrole albertain va donc y être stocké en grande quantité. Le but étant de remplir mensuellement 2 navires-pétroliers de 250 mètres de long pouvant contenir 350,000 barils, chacun.

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Ça fait beaucoup de pétrole qui va emprunter la plus grande réserve d’eau douce du Québec.

Il faut rappeler que des pétroliers provenant de l’étranger (40,8% du pétrole provenant d’Algérie) empruntent déjà la voie navigable du St-Laurent pour approvisionner la raffinerie Jean-Gaulin opérée par Énergie Valero, à Lévis. La différence avec le lien maritime que Kildair opèrera, c’est qu’il serait question d’exporter de grandes quantités de pétrole Albertain, vers l’étranger.

Alors même si l’on observe une importante levée de boucliers contre les projets de pipelines au Québec, Suncor va utiliser le terminal de Kildair pour exporter le pétrole de l’Ouest canadien vers une raffinerie située ailleurs qu’au Québec, probablement au Texas. Il n’y a eu aucune confirmation formelle sur la destination des pétroliers mais la raffinerie Valero de Lévis n’étant pas adaptée pour le raffinage du pétrole provenant des sables bitumineux albertains l’exclut automatiquement en tant que “destination potentielle”. C’est pourquoi on pense au Texas parce que là-bas, ils ont des raffineries capables de traiter le pétrole lourd provenant des sables bitumineux.

Kildair a donc trouvé un filon pour rentabiliser ses installations de stockage de pétrole et c’est tant mieux pour eux. Pour Suncor aussi, c’est une bonne nouvelle parce qu’ils sont désespérés d’exporter leur pétrole extrait du sous-sol albertain, surtout au moment où les projets de pipeline comme Keystone XL, aux États-Unis ou Northern Gateway, en Colombie-Britannique, doivent composer avec une forte opposition locale.

L’acheminement du pétrole albertain par train jusqu’à Sorel-Tracy pour ensuite l’exporter via le St-Laurent, sur des “tankers” n’empêchera pas les promoteurs de pipelines de continuer à vouloir s’établir le long de la vallée du St-Laurent parce qu’il y a des quantités astronomiques de pétrole albertain à “sortir de l’Ouest”, au cours de 20 ou 25 prochaines années.

Ainsi, les Québécois doivent s’intéresser à ces enjeux liés au transport du pétrole sur leur territoire pour éviter que des sociétés étrangères n’opèrent “sous le radar de l’opinion publique” et qu’une éventuelle catastrophe ne vienne détruire, en tout ou en partie, la réserve d’eau douce que constitue le fleuve St-Laurent ou ses berges.

Le transport du pétrole albertain, sur le fleuve St-Laurent, n’est pas une mince affaire.

Le transit mensuel de 2 immenses navires-pétroliers ajoute quelques 24 occasions supplémentaires d’accidents, sur notre fleuve. Pas qu’il y aura nécessairement des accidents mais c’est un risque supplémentaire qui n’existait pas avant que Suncor et Kildair établissent cette nouvelle route d’exportation.

L’aspect économique devrait aussi inquiéter les Québécois puisqu’on comprend que les flux d’argent ne favoriseront pas nécessairement le gouvernement du Québec mais s’il devait arriver un accident, comme on l’a vu avec la catastrophe de la Montreal Maine & Atlantic à Lac-Mégantic, c’est NOUS qui devront payer l’énorme facture de nettoyage. Et on sait que le nettoyage ne nettoie qu’en surface parce que le pétrole écoulé pollue notre environnement de manière à peu près irréversible.

Il se décide donc des ententes dans nos dos, pour ainsi dire.

Suncor et Kildair n’ont pas tenu d’audiences publiques avant d’établir leur route d’exportation par train puis, par “tanker” alors c’est normal que les citoyens soient inquiétés de voir de si importantes décisions avoir lieu en catimini.

On comprend les entreprises pétrolières de vouloir faire de l’argent, c’est dans leur nature mais elles doivent aussi comprendre que les Québécois, eux, veulent préserver leur eau potable.

En laissant d’immenses navires-pétroliers circuler sur le fleuve à l’année, depuis Sorel-Tracy, les Québécois s’exposent à des catastrophes si dévastatrices pour leur mode de vie que ça devrait toujours forcer la tenue d’audiences publiques.

Qui plus est, on peut se demander où est le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) au moment où un si gros projet de transport de pétrole sur le fleuve St-Laurent va avoir lieu. On peut se douter que le gouvernement conservateur de Stephen Harper approuve cette route d’exportation mais qu’en est-il du gouvernement libéral de Philippe Couillard?

Notre démocratie exige qu’un projet de cette envergure soit discuté avec les populations qui pourraient, lors d’un accident, subir d’épouvantables conséquences, sur le coup et pour des décennies, par après.

Si tout va bien, tant mieux mais si un déversement de pétrole albertain devait survenir dans le fleuve St-Laurent, qu’est-ce qu’on fait? Est-ce que c’est Suncor et Kildair qui vont payer les milliards de dollars de nettoyage que ça couterait?

C’est maintenant qu’il faut se poser des questions pour éviter d’être pris avec des problèmes très graves, plus tard. Une once de prévention…

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