Gaétan Barrette va vers des épisodes de soins

On dit que c’est la troisième révolution du Dr Gaétan Barrette, ministre de la Santé du Québec, depuis son accession au pouvoir, avec ses collègues libéraux, après leur élection, le 7 avril 2014.

Il est question de modifier le mode de financement des hôpitaux du Québec à la faveur d’un “Financement à l’activité” (FAA) où des épisodes de soins seront rémunérés selon des grilles prédéterminées par opposition au financement actuel dit “Historique” où les subsides sont alloués aux hôpitaux selon l’évolution des besoins de la population desservie.

Pour l’instant, depuis l’annonce du ministre Barrette, le 3 février 2016, on ne sait pas encore très bien si la FAA sera implantée pour des actes précis, comme les chirurgies, par exemple, ou pour l’ensemble des soins.

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Bien que l’objectif puisse sembler louable, on reconnaît dans la FAA un mécanisme qui engendre plus de bureaucratie puisque chaque “épisode de soins” doit être clairement diagnostiqué puis résolu pour que l’hôpital soit correctement payé — est-ce qu’un tel système qui tend vers l’atteinte de la “profitabilité” pour un hôpital peut vraiment être compatible avec la mission “publique” et “universelle” de notre système de santé québécois?

La question se pose, sans compter que le système comptable du MSSS n’a pas été conçu pour évaluer les coûts réels des soins cliniques. L’ex-ministre Réjean Hébert, en 2012, au moment où la FAA était envisagée aimait l’idée d’avoir plus de données pour comparer les contextes d’assurances privées ou universelles mais redoutait cette “lourde machine pour produire peu de résultats”. Il semble que son successeur libéral, le Dr Barrette, soit convaincu que ce changement de cap soit la voie à suivre.

Bon, pour qui?

Les données suivant l’implantation d’une FAA ne sont pas vraiment concluantes, surtout que le système de santé universel, tel qu’il existe au Québec, avec peu de compétition du privé, n’existent pas vraiment, encore, ici.

C’est d’ailleurs, peut-être, un des objectifs moins bien exprimé par le Dr Barrette, à savoir ouvrir le financement public à des cliniques privées qui pourraient venir concurrencer des “épisodes de soins” spécifiques, offerts dans le réseau public. Ce faisant, le privé viserait à s’arroger des épisodes de soins payants alors que le public serait forcé d’accueillir la balances des épisodes de soins qu’on devine alors moins payants ou plus complexes, ou les deux.

La FAA tient sa pertinence (aux yeux du Dr Barrette) depuis les postulats suivants mais attention, ils sont encore mal validés et plutôt rose bonbon:

  • Une incitation à réduire les coûts hospitaliers (sûrement réelle);
  • Une amélioration de la «transparence» du financement, plutôt lié à une codification diagnostique «juste», mais pas nécessairement en lien avec le mode de financement lui-même;
  • Une augmentation de l’efficience, c’est-à-dire des résultats en fonction du financement;
  • Une réduction de la durée de l’hospitalisation (probablement réelle);
  • Une amélioration conséquente de l’accès aux soins, en lien avec la réduction des durées de séjours (et donc une plus grande disponibilité de lits).

Est-ce que tout ça est réaliste, dans un réseau de santé comme celui du Québec où l’on vise l’universalité de la couverture d’assurance (publique) et des soins? Il faut se le demander mais sans consultation publique, le ministre Barrette se lance dans la FAA avec toute la détermination qu’on lui connaît… mais sans l’appui du public qui va vite devenir le cobaye, en quelque sorte, de cette approche qui a bien plus d’affinités avec les pratiques dans la médecine privée qu’au public.

Le bénéficiaire québécois de ces soins de santé “Facturés à l’activité” y gagnera-t-il quelque chose? Ce n’est pas clair puisque chacun de ses “bobos” devra être, à priori, identifié dans le contexte d’un épisode de soin, quitte à mener parallèlement plusieurs de ces épisodes de soins pour arriver à traiter ses pathologies.

Il faut se demander si l’objectif de vouloir soigner un patient dans le contexte d’un ou de plusieurs épisodes de soins va réellement favoriser le plein rétablissement de celui-ci ou si, comme on peut s’en douter, il n’y aura de rémission que pour les épisodes de soins qui auront fait l’objet d’une intervention.

Est-ce que le fait de rendre les traitements plus ou moins granulaires va jouer en faveur de la santé globale du patient ou plutôt d’une sorte de livraison également granulaire des traitements et ce, afin d’être payé (du point de vue du médecin et de l’hôpital) sans égard à une réelle rémission globale?

Autrement dit, on sent que le Dr Barrette veut faire de la santé des Québécois un arbre de soins qui peut être compilé plus facilement dans un chiffrier Excel. Utile pour les statistiques mais n’y a-t-il pas là un risque réel de dérive vers des soins mal adaptés à la condition humaine, dans son ensemble?

3 chantiers, en même temps

Le ministre Barrette demeure très flou sur les détails, concernant sa 3e vague de changements majeurs, dans le système de santé québécois après le déploiement de sa loi 10, sa 1er vague et sa loi 20, sa 2e vague, qui modifie considérablement la pratique des médecins, incluant leur relation avec le ministère de la Santé (qui a cependant été suspendue, suite à des ententes avec les deux fédérations).

On sent qu’il y a désormais 3 chantiers qui doivent être menés de front, par le système de santé québécois.

C’était déjà la plus grande vague de changements depuis 1970 avec sa 1ere vague, celle des mégafusions d’établissements de santé, provoqués par la loi 10 du Dr Barrette alors imaginez avec les deux autres vague, dont la FAA, c’est tout un défi pour notre réseau qui dit déjà travailler à bout de bras (expression souvent reprises par les syndicats d’infirmières).

Le Québec a besoin  de soins de santé pour les Québécois.

Là, on se demande si l’imposition de ces 3 chantiers dans le domaine de la santé publique ne va pas devenir contre-productif parce que bien trop gros à implémenter d’un seul coup.

Tenir à sa bonne santé

Devant l’imminence de l’implantation de la “Facturation à l’activité”, au Québec, on est en droit de vouloir éviter d’arriver à l’hôpital pour en ressortir suite à un épisode de soins qui pourrait nous mener à une rémission de cet angle spécifique de notre pathologie identifiée sans nécessairement veiller à notre “pleine guérison”. Vous comprenez la différence?

Par exemple, un épisode de soins pour une pneumonie peut en arriver à nous guérir de notre pneumonie sans nécessairement exiger un épisode de soins pour un problème d’épuisement professionnel. Auquel cas, malgré un épisode de soins considéré être un “succès”, les risques de renouer avec une autre pathologie demeure élevé puisque le fond du problème de santé, lui, n’a pas fait l’objet d’un épisode de soins.

Le corps humain étant d’une grande complexité, on est en droit de se demander si un système de santé qui compartimentalise trop les soins n’est pas en train de déshumaniser le processus de soins, tel qu’on le connait au Québec, dans le contexte de l’accès universel.

Ainsi, ça va être un bon temps pour tenir à sa santé, autrement.

Changements dans les habitudes de vie, dans l’alimentation et dans ses pratiques de l’activité physique.

Rester en dehors du réseau de la “santé” va devenir encore davantage une priorité pour des millions de Québécois qui vont probablement en venir à redouter de devenir l’objet d’épisodes de soins, plus ou moins payants pour les médecins et les hôpitaux et plus ou moins efficaces, pour la santé globale du patient. En souhaitant évidemment qu’un barrage d’épisodes de soins finisse par mener à une rémission globale (mais rien n’est moins sur, dans la mouture actuelle des choses).

Votre santé n’a pas de prix. Soignez-la, soyez responsables et utilisez votre bon jugement. Au besoin, faites appel au système de santé (encore universel) du Québec mais sachez que ceux qui vous soignent seront graduellement payés selon une FAA et c’est ce qui expliquera plusieurs de leurs choix, en vue de votre rémission espérée, à la suite d’un épisode de soins.

Concrètement, assurez-vous de recevoir le bon diagnostique initial parce que le reste de votre expérience de soins en dépendra.

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