Des millions de travailleurs québécois doivent composer avec des patrons toxiques.

Les effets qu’ont ces patrons toxiques sur leurs employés et sur l’environnement de travail que ça induit sont significatifs… et destructeurs.

Un employé qui doit “subir” un patron toxique sera tenté de partir pour éviter de payer avec sa santé pour cette toxicité. Certains partent à la recherche d’un meilleur patron, ailleurs mais ceux qui restent endurent.

Trop souvent, en silence.

Il y a un réel problème avec les patrons, au Québec et cet article de L’Actualité en parle, avec le renfort chiffré d’un sondage SOM commandé pour l’occasion. Les patrons devraient en prendre note avant de croire qu’ils ne sont pas… toxiques.

Sujet tabou

Comme tous les travailleurs ont des patrons, il va de soi que personne ne parle… des patrons.

Ce serait une sorte de suicide professionnel que de parler de son patron, publiquement. D’ailleurs, dans l’article de L’Actualité, les témoignages se font de manière anonymisée. On voit que de parler d’un patron, au Québec, s’avère être un sujet tabou.

Tabou parce qu’une simple observation mal interprétée peut avoir des conséquences marquantes sur la vie professionnelle aussi bien de l’employé que du patron et dans un sens comme dans l’autre, l’instinct de préservation des individus les pousse à endurer ce qu’ils vivent (ou ont vécu)… en silence.

Le Québec a pourtant besoin d’oxygéner le sujet.

Selon le sondage SOM (qui est discuté dans l’article de L’Actualité), tout près de 40% des Québécois ont déjà quitté un emploi en raison d’une mauvaise relation avec leur patron et 27% n’ont pas remis leur démission mais y ont songé.

Clairement, les patrons du Québec ont un très, très gros travail à faire sur eux-mêmes et leur travail parce que s’ils devaient être évalués par leurs employés, un grand nombre d’entre-eux n’obtiendraient pas la note de passage.

D’où le rappel qui devrait avoir lieu régulièrement que le fait de garder le sujet des “patrons toxiques” tabou est un bien mauvais service à se rendre, individuellement et collectivement. Et pour les patrons toxiques aussi car, au fond, ils ne sont pas suffisamment confrontés à la réalité de leurs actions (ou inactions) ce qui, advenant qu’ils le soient, de manière régulière et respectueuse, leur permettrait, ultimement, de s’améliorer (dans la mesure où ils ne sont pas sadiques, pervers narcissiques ou autrement mal intentionnés).

Mais qu’importe les bons arguments pour “ouvrir” le sujet des patrons toxiques, ça va fort probablement rester tabou parce qu’un employé a trop à perdre advenant un “constat anti-patronal trop cinglant” qui serait “ébruité” sur la place publique.

L’étouffement légal de tout espoir de changement

Dans l’article de L’Actualité, il y a de bonnes recommandations pour les patrons qui voudraient cesser d’être toxiques.

Le problème, c’est que ceux-ci n’ont pas beaucoup d’incitatif à changer.

Dans les faits, ces patrons ont développé des méthodes qui leur conviennent, à eux. Et c’et pourquoi ils agissent comme ils le font. Changer, pour eux, reviendrait à exiger un effort que personne ne les force à faire. Étant patrons, ils contrôlent le jeu, pour ainsi dire. Ils peuvent faire peser le poids de leur toxicité sur des employés plutôt que de se prendre réellement en main et c’est généralement ce qu’ils font parce que c’est plus simple (ou “confortable”), pour eux. Ça explique pourquoi nous sommes aux prises avec une sorte d’épidémie de patrons toxiques, au Québec.

Et l’aspect légal vient mettre un couvercle de plus sur cette marmite pourtant bouillonnante avec des accords de confidentialité à gogo où les employés n’ont plus le droit de rien dire, à qui que ce soit, à propos de quoique ce soit.

L’employé qui voudrait parler ne trouve muselé par des ententes de confidentialité outrancièrement favorables au patronat.

Un employé qui aurait le malheur de dire la stricte vérité sur quelque sujet que ce soit, concernant une relation de travail, deviendrait donc automatiquement la cible d’une éventuelle (et très probable) poursuite en diffamation (ou autre). Personne de sain d’esprit ne veut être ruiné pour avoir dénoncé un patron toxique. Alors les patrons toxiques continuent leur manège sans être embêtés, brandissant l’entente de confidentialité dès qu’il y a un “litige professionnel”, au travail. Et l’employé se trouve perpétuellement réduit au silence.

Au fond, la seule et unique option pour de trop nombreux employés abusés, au Québec, c’est de démissionner.

Certains demandent une mutation vers un autre service mais c’est risqué parce que les patrons toxiques s’entretiennent trop souvent les uns les autres et sont dès lors aussi présents dans ces autres services (ou “départements”) mais il arrive qu’une mutation fonctionne. Pour tous les autres, il y a la démission. Ou la demande d’une fin d’emploi, d’un accord mutuel avec l’employeur.

Dans toutes ces situations, c’est l’employé qui perd. Gros.

Pas surprenant que les travailleurs du Québec se reconnaissent autant quand on parle de “patrons toxiques”.

Votre patron toxique a-t-il beau jeu?

Que vous ayez un patron toxique ou non, il y a de fortes de chances que vous en connaissiez un… ou plus.

Ainsi, votre patron, celui de votre douce moitié, de vos ados, de vos parents, d’amis ou de connaissances ont tous le potentiel de briller parmi les meilleurs ou à l’inverse, de causer d’infinies petites et grandes misères, autour d’eux.

Et dans tous ces cas, le patron qui trouve son bonheur à baigner dans sa toxicité a le beau jeu.

S’il se doute que les employés souhaitent contester ses méthodes, il a des outils à sa disposition, en tant que gestionnaire, pour réduire au silence ceux qui feraient entendre leurs doléances. Et certains patrons ont la mémoire longue, ce qui décourage encore plus les avis contraires… ou juste “différents”!

Autrement dit, les employés du Québec vont continuer à souffrir en silence, lorsqu’ils se trouvent sous la botte d’un patron toxique. L’article de L’Actualité va assurément motiver certains patrons à s’améliorer et il faut les féliciter s’ils choisissent cette avenue (plus exigeante mais combien plus bienveillante pour leurs employés) mais le phénomène des patrons toxiques semble bien incrusté, aussi bien au privé qu’au public.

Protection syndicale?

Devant l’évidence que le grand jeu du marché du travail est truqué en faveur des patrons, toxiques ou non, le besoin de puissants syndicats de travailleurs s’avère plus important que jamais.

Qu’il s’agisse de syndicats sectoriels “conventionnel” ou d’un syndicat nouveau genre (par exemple, un syndicat qui suivrait l’employé et non le poste occupé, chez un employeur donné), clairement, le Québec a des millions d’employés qui ont besoin d’une protection syndicale.

À l’évidence, les employés sont réduits au silence. Ils sont muselés. Abusés et menacés, à grands renforts d’ententes obligeant l’employé à la “confidentialité” la plus totale (ou la plus abjecte, selon l’angle où l’on analyse cette arme légale), la nécessité d’avoir divers mécanismes de protection “de groupe” pour les employés coule de source.

Les patrons ont déjà la totalité des outils administratifs “de gestion” à leur disposition, incluant le pouvoir de mettre fin à l’emploi de n’importe quel employé ou d’organiser une situation pour arriver à ce résultat alors tant que les employés ne prendront pas cette menace permanente au sérieux, ils continueront de faire les frais de ce cirque professionnel.

Un syndicat ne réglera évidemment pas tous les litiges en milieu de travail mais au moins, ça aurait pour effet d’égaliser un peu les chances des employés d’obtenir le respect qu’ils méritent et qu’ils n’ont vraiment pas toujours, en ce moment.

C’est d’ailleurs l’effet qu’on les syndicats dans la fonction publique ainsi que dans les grandes entreprises alors il faudrait penser à des formules pour étendre cette protection, ailleurs, dans le marché du travail où sévissent des patrons toxiques.

Faire mieux

Dans le scénario le plus optimiste, les patrons du Québec vont se prendre en main et ouvrir un immense chantier pan-québécois pour en finir avec les patrons toxiques qui causent tant de misère (inutile), dans le marché du travail.

Ce serait épique et ça permettrait d’obtenir des gains appréciables, au plan professionnel.

Avec des millions d’employés plus heureux, le Québec serait un champion de l’excellence en matière de relations de travail, de la résilience devant l’adversité et de la créativité pour résoudre tous les enjeux qui se présente, même les plus compliqués.

Ce serait sérieusement fantastiques et la patrons toxiques seraient enfin correctement motivés à s’améliorer au point de ne plus l’être.

Tout le monde y gagnerait.

Il y aurait encore des démissions d’employés mais au moins, ce ne serait plus à cause des patrons toxiques qui, dans cet exemple de futur enviable, auraient été transformés en patrons respectueux, responsables, fiables et bien avisés.

Parfois, ça fait du bien de rêver mais dans ce cas-ci, ce serait génial que ça passe du rêve à la réalité. Au moins dans une petite mesure pour commencer et comme une vague, que ça prenne de la force au fil du temps.

Que ce soit clair, les bons patrons doivent faire triompher le bonheur au travail afin d’inspirer les patrons toxiques à en finir avec ce qui les rend si désagréables, pour leurs employés.

Le Québec a tout pour réussir ce virage d’élimination (graduelle et idéalement rapide) des patrons toxiques. La grande question qui demeure va donc dans le sens de savoir si nous le ferons, pour vrai.

À la question “Connaissez-vous un patron toxique?”, souhaitons qu’un jour, au Québec, aucun employé n’ait à en connaître.

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