Au Québec comme ailleurs dans le monde, on voit la richesse sans cesse plus concentrée entre les mains d’une élite.

On ne parle pas ici du médecin qui a gagné 5,000$ de plus l’année dernière, on parle des super-riches qui possèdent de grandes corporations. Rien à voir avec les riches qui ont une belle maison dans votre quartier. Ces super-riches constituent une élite aussi bien économique que sociale.

Ainsi, vous ne voyez pas les super-riches, sauf de rares occasions où ils se laissent approcher par des médias ou qu’ils s’affichent pour promouvoir un projet qui leur tient à cœur, comme dans le cas de Bill Gates qui s’affiche presqu’exclusivement pour faire la promotion de sa fondation (avec sa femme, Melinda Gates).

Plusieurs personnes ont d’ailleurs pu voir cette image présentant l’auteur montréalaise Naomi Klein qui cite un passage du rapport d’Oxfam International intitulé “Working for the few” ou, en français, “Travailler pour un petit nombre”, en faisant référence à l’élite:

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Voici une traduction libre:

Aujourd’hui, les 85 personnes les plus riches sur Terre cumulent plus de richesse que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres de l’humanité.

Comme l’auteur Naomi Klein l’a écrit: “Nous assistons à un transfert de richesse aux proportions insoupçonnées. C’est un transfert de richesse publique, depuis les gouvernements qui ont collecté aux gens ordinaires, sous formes de taxes, vers les mains des plus riches corporations et individus, dans le monde.”

Il n’y a pas de détour dans cette déclaration: l’accumulation de richesse ne se fait pas à l’avantage du plus grand nombre mais presqu’unilatéralement à l’avantage d’une élite de super-riches.

Ceux qui ont tenté de se convaincre que c’était une bonne chose, notamment grâce au “trickle down effect” ou en français, l’effet par lequel l’argent sort des poches des riches pour tomber dans les mains des travailleurs qui les servent. Or, cet effet ne fonctionne pas. C’est l’ex-ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty qui l’a d’ailleurs prouvé, dans une large part, lorsqu’il a déclaré, à la fin de 2013, que grâce aux énormes baisses d’impôt accordées aux compagnies opérant au Canada, un bon nombre de celles-ci, qualifiées de paresseuses, par M. Flaherty, dormaient sur quelques 600 milliards de dollars d’argent mort (“dead money”, en anglais).

Dans les faits, ces 600M$ représentent environ le tiers du PIB canadien ce qui signifie que ça ralentit notre économie —au moins du tiers— en ayant laissé les super-riches s’enrichir plutôt que de les imposer afin de retourner cet argent, dans l’économie, via une redistribution gouvernementale.

Au Canada, on peut se consoler parce qu’il reste encore une classe moyenne qui fait tourner l’économie alors que dans plusieurs pays “en émergence”, ils n’ont que des pauvres et des très riches. Une polarisation qui empêche les pauvres de sortir de leur état économiquement lamentable.

Ainsi, Naomi Klein met le doigt sur un SYSTÈME BRISÉ qui ne fonctionne bien que pour les super-riches.

les-pauvres-s-appauvrissent

Dans son rapport, Oxfam International décrit la montée en flèche de la concentration du capital, de l’appropriation des opportunités et de la représentation politique inégale comme étant des tendances préoccupantes, à savoir:

  • Presque la moitié de la richesse mondiale appartient maintenant à seulement 1% de la population;
  • La richesse du 1% des gens les plus riches du monde équivaut à 110 trilliards de dollars (“trillion”, en anglais), soit 65 fois la richesse totale de la moitié la plus pauvre du monde;
  • Les 50% des gens les plus pauvres de la planète possèdent la même richesse que les 85 personnes les plus riches, au monde;
  • 7 personnes sur 10 vivent dans des pays où les inégalités économiques ont augmenté, au cours des 30 dernières années;
  • Le 1% des gens les plus riches du monde ont augmenté leur part de revenus dans 24 des 26 pays pour lesquels des données ont été compilées par Oxfam, entre 1980 et 2012; et
  • Aux États-Unis, le 1% de gens les plus riches a capturé 95% de la croissance post-crise financière, depuis 2009 alors que les 90% les plus pauvres se sont appauvris.

Si vous lisez ce billet, c’est que vous faites partie des plus pauvres.

Vous avez d’ailleurs probablement remarqué qu’il est très difficile de s’enrichir depuis la crise financière de 2009. Il y a de fortes chances que vous vous soyez appauvris.

Sécurité d’emploi? Stabilité d’emploi? Emploi? Des concepts qui ont la vie dure lorsque ce sont les super-riches qui s’en mettent plein les poches et qui “cachent” cet argent dans des coffres (d’où le concept d’argent mort) plutôt que de le re-circuler dans l’économie.

Soyons clairs, la distribution de la richesse ne fonctionne plus.

Les impôts des corporations sont en chute libre alors que ce sont les citoyens ordinaires —incroyablement moins riches— qui doivent payer ce gigantesque manque à gagner.

Pas surprenant que les super-riches obtiennent ce qu’ils veulent via le lobbyisme. Les politiciens semblent plutôt faciles à corrompre (contre l’intérêt du bien commun) une fois arrivés au pouvoir. À voir le nombre de ministres qui sont rapidement passés au privé après leur “carrière politique”, les citoyens ont raison de redouter la présence d’un retour d’ascenseur.

Sur ce point, notre démocratie ne sert à rien si la voix du peuple passe après celle des lobbyistes, payés pour copiner avec le gratin politique. Qui se soucie des intérêts du citoyen, payeur de taxes à des taux indécents, en regard de son revenu? Pas les politiciens, clairement. C’est d’ailleurs pourquoi tant de citoyens continuent de s’appauvrir, année après année.

À Montréal comme partout au Canada, cette concentration de la richesse fait très mal.

Les salaires stagnent ou reculent et ça, c’est lorsqu’il y a encore des emplois dignes de ce titre. On dirait que pour l’homme de la rue, le citoyen ordinaire, c’est une succession de jobines qui ne permettent pas de sortir du piège presqu’inévitable de l’endettement, véritable mécanisme de vol individuel et collectif, pour le bénéfice unilatéral des super-riches (les banquiers et leurs souteneurs).

La misère des uns fait le bonheur des autres mais là, la misère devient la nouvelle “normale” et c’est quelque chose qui devrait vous interpeler.

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