Selon le maire de Montréal, Denis Coderre, “il est temps d’arrêter de considérer les municipalités comme des créatures de Québec” et cette déclaration est partagée, entre-autre par le maire de Québec, Régis Labeaume.

C’est Jean-François Lisée, l’ex-ministre péquiste responsable de la région de Montréal qui va s’étouffer dans son café car ce que Coderre demande, c’est rien de moins que le statut de cité-État, pour la métropole.

En pleine campagne électorale, les maires de Montréal et de Québec, ainsi que l’Union des municipalités du Québec et l’Association des municipalités de banlieue de la région de Montréal demandent aux chefs des partis politiques provinciaux de s’engager à doter le monde municipal d’une nouvelle législation en prévision du débat des chefs de demain, à la télé.

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On peut déjà dire que tout le monde va rester poli mais on ne verra personne se commettre en ce sens! Les chefs des partis politiques provinciaux n’ont aucune intention de changer le statut des villes, en tant que “créatures du gouvernement du Québec”. Denis Coderre et ses collègues font leurs demandes avec assurance mais ça va probablement mourir au feuilleton, pour ainsi dire.

Les maires se gardent une petite gêne et ne réclament pas le droit de taxer davantage les citoyens mais ils veulent être consultés sur la manière de dépenser les sommes qui sont investies dans leur ville.

Dans les faits, ce sont de très importantes demandes… imaginez, Denis Coderre demande un statut particulier pour les aspects suivants:

  • Un siège sur le conseil d’administration d’Hydro-Québec;
  • L’argent des budgets des CLDs et des CDECs (on parle ici de développement économique);
  • Ne plus être “dans la salle d’attente de l’Assemblée nationale”… vivement l’autonomie d’une cité-État;
  • Immigration;
  • Environnement;
  • Sécurité publique;
  • Itinérance; et
  • Relations internationales.

Autant de thèmes où le gouvernement provincial ne livre pas la marchandise et où, selon le maire Coderre, Montréal serait plus efficace si elle avait les moyens de ses ambitions.

On parle ici d’une révolution sur la scène des relations du provincial avec ses villes.

Pour opérer ces changements, il faudrait une volonté politique sans précédent et bien qu’un consensus semble émerger dans le monde municipal, ça ne rejoint peut-être pas les priorités des politiciens provinciaux qui perdraient alors beaucoup d’influence dans les principales villes.

En redéfinissant la mission des grandes villes du Québec, le gouvernement de Québec (qui sera constitué au terme de cette campagne électorale provinciale dont le scrutin a lieu le lundi, 7 avril 2014) s’exclurait lui-même de l’administration des grandes villes ce qui ne fait pas beaucoup de sens, au plan de la cohérence des institutions.

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Ça nous amènerait dans une forme de déchirure du Québec. La métropole et la capitale d’un côté avec leurs pouvoirs de cité-État et toutes les autres villes sous contrôle du gouvernement provincial. Ces deux villes deviendraient des “sociétés distinctes” avec un statut semblable à celui du gouvernement provincial.

Pour toutes ces raisons, nous ne sommes pas prêts de voir arriver des cités-État, au Québec ou alors, il y a des jeux de pouvoirs qui nous échappent.

On l’a vu par le passé, le gouvernement du Québec veut se garder une mainmise sur les municipalités et villes de la province. On l’a vu au moment où la ville de Montréal était un peu chancelante (avec l’arrivée de Denis Coderre), Jean-François Lisée se prenait, par moments, pour le maire de Montréal.

Denis Coderre et Régis Labeaume en mènent large, en ce moment, sur le plan politique mais entre cette aura de rock-star et une demande pour obtenir le statut de cité-État, il y a un pas que l’ensemble des politiciens provinciaux voudront poliment décliner.

L’exercice aura cependant comme bénéfice d’inciter à Québec à davantage aider ses villes à croître afin de prouver la valeur du modèle actuel.

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