Les Québécois et leurs valeurs

Accomodements raisonnablesLe Québec tout entier a eu l’occasion d’ajouter son grain de sel à propos de la réflexion sociologique passablement étoffée qu’ont soumis les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor dans le cadre leur Commission sur les accommodements raisonnables.

Pour les uns, il s’agit d’un ouvrage utile pour notre société minoritaire, composée principalement de francophones côtoyant des centaines de millions d’anglophones, puisque notre malaise identitaire se devait d’être reconnu, débattu et… réglé!

Bien que ceux qui lu le rapport aient pu constater que les commissaires nient la crise identitaire québécoise, ils souhaitent néanmoins ouvrir le débat à tous, un peu comme s’il s’agissait d’une thérapie collective. En tentant de décrisper les Québécois à propos des questions identitaires interethniques, on se donne une chance de plus d’éviter les conflits qui bouillent toujours, en Europe.

Le rapport, qui se lit facilement, cite de nombreux passages issus des 900-quelques mémoires, parfois poignants, qui ont été remis aux commissaires. Les témoignages teintés d’humanité de certains participants aux séances publiques, tenues dans les différentes villes de la province, ajoutent aussi à la couleur résolument humaniste du document.

Mais il y a un os dans ce rapport — un GROS os.

Ce qui en ressort, c’est que les Québécois, dits “de souche”, sont à peu près coupables de tous les abus, selon les commissaires mais c’est difficile à avaler puisque quiconque a (un peu) voyagé sait très bien que les Québécois font assurément parti des gens les plus accueillant de la planète.

Ainsi, que les Québécois se fassent dire qu’ils sont quasi-unilatéralement responsables de tous les maux qui affligent les nouveaux arrivants qui, selon les commissaires, peinent à s’intégrer à leur société d’accueil québécoise, ça ne passe pas dans l’opinion publique.

Il y a un tel braquage de la part des Québécois contre cet aspect fondamental du rapport Bouchard-Taylor que le premier ministre du Québec, Jean Charest, a voulu éviter une radicalisation populaire en publiant le texte suivant dans les grands quotidiens de la province:

Quand on choisit le Québec, on choisit aussi les Québécois et leurs valeurs.

Le Québec est une nation par son histoire, sa langue, sa culture, son territoire et ses institutions. La nation du Québec a des valeurs. L’égalité entre les femmes et les hommes, la primauté du français et la séparation entre l’État et la religion font partie de ces valeurs fondamentales. Elles sont à prendre avec le Québec. Nous n’avons pas tous la même origine, pourtant nous avons la même destinée. Car nous sommes tous Québécois.

Ce court texte a été apprécié de tous puisqu’il décrit mieux la réalité québécoise qui, bien qu’accueillante refuse de se renier elle-même pour satisfaire aux milles caprices de ceux qui n’ont aucune intention de faire l’effort d’apprendre à vivre ici en composant avec les valeurs qui nous unissent.

Ainsi, des conclusions du rapport Bouchard-Taylor comme celle de remplacer le mot “multiculturalisme” par “interculturalisme” pour mieux souligner le caractère interdépendant des échanges entre les cultures ne passe pas. Le fait que le voile islamique ne menacerait pas nos valeurs a également été sévèrement rabroué dans tous les grands (et petits) médias puisque pour les Québécois, il s’agit ni plus ni moins qu’un signe d’oppression inacceptable.

Pour marquer clairement leur désaccord sur la recommandation du rapport de sortir le crucifix qui se trouve à l’Assemblée nationale, tous les parlementaires ont voté une motion pour conserver ce symbole qui, aux yeux de tous, n’est pas uniquement religieux mais aussi historique et patrimonial.

Le rapport vient à peine d’être rendu public qu’on sent déjà toute la vélocité de la frustration populaire d’une majorité de Québécois qui ont rapidement identifié ses éléments jugés irrecevables. Les politiciens ont bien compris l’ampleur (et la nature) du mécontentement, d’un bout à l’autre du Québec.

Alors qu’il a agit tel un porte-voix pour faire entendre un large éventail de positions sur le thème des accommodements raisonnables, le rapport ne règle à peu près aucun cas concret de discorde entre les Québécois et ses immigrants (ou minorités visibles) les plus en vue, notamment les islamistes radicaux, la communauté juive et les tiers-mondistes.

La francisation des immigrants ne suffira probablement pas à elle seule pour réussir l’intégration des nouveaux citoyens québécois mais ce sera un pas dans la bonne direction puisque plus on se parlera, plus on aura de chances de se comprendre.

Même si le rapport a été rendu public, sachez que le débat sur les accommodements raisonnables ne vient que de commencer et alors que le débat se voulait d’abord citoyen, il sera désormais politique.

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