Les Québécois au bout du rouleau

Le drame familial qui vient d’avoir lieu au Saguenay nous rappelle que notre société de consommation, avec tous ses avantages mais aussi ses pièges, peut empoisonner la vie de nombreux Québécois.

Des cartes de crédit qui ne passent plus, un compte en banque vide avec une marge pleinement utilisée, un hypothèque ou un loyer qui revient, impitoyablement, à chaque mois — tout ça peut pousser des individus à commettre des gestes impensables, en d’autres circonstances.

Dans le cas de la petite famille de Marc Laliberté (le père), au Saguenay, la police parle d’un triple meurtre (les 3 jeunes enfants) suivi d’un pacte de suicide où seulement le père a “réussi” sa partie du pacte. Il va sans dire que le mère, vu ses perspectives de vie soit en prison en à l’hôpital, aurait probablement préféré en finir, elle aussi.

Tous les Québécois devraient se sentir concernés par cette tragédie car la pression sociale est tellement forte qu’avec les dettes qui s’accumulent, ce ne sera sûrement pas le dernier cas du genre à se produire, dans la province.

Pourquoi tuer les enfants?

En effet, pourquoi? Déjà qu’un suicide se justifie passablement mal, le meurtre d’un enfant appartient à cette catégorie de gestes qui échappent à la raison. Mais justement, quand l’argent manque (les deux parents avaient perdu leur emploi récemment), tout notre univers de consommateurs s’effondre.

Ne soyons pas naïfs. Les lignes d’écoute sont là pour écouter et c’est tout. Aucun organisme, incluant les fameux CLSC, n’a la possibilité de venir en aide financièrement —comme il se doit— auprès de ces familles fortement éprouvées qui n’arrivent plus à se sortir du piège (dans ce cas-ci, mortel) de l’endettement.

Pour ceux qui ne l’ont jamais vécu, le fait de ne plus avoir d’argent (surtout après en avoir déjà eu) peut mener les gens à poser des gestes qu’il n’auraient jamais pensé commettre. C’est probablement le cas de cette famille saguenéenne.

C’est passablement ironique de voir que “la société québécoise” va dépenser des millions de dollars, en salaires et en dépenses directes, pour “analyser” ce qui a bien pu se passer, au Saguenay, alors que quelques dizaines de milliers de dollars donnés en temps opportun nous auraient ÉVITÉ tout ce cirque… en plus de sauver la vie de gens honnêtes qui ne méritaient PAS ce qui leur est arrivé, même s’ils sont (d’une manière ou d’une autres) les auteurs de leur “dernier chapitre”.

Mettre cette femme en prison pour le meurtre de ses trois enfants serait grotesque puisque s’il s’agit d’une bonne personne, comme les témoignages semblent le dire, la perte de ses trois enfants et de son mari seront une “punition” suffisamment sévère — nul besoin d’en rajouter. Au plan légal, les vautours s’acharneront sûrement sur elle mais voilà, au plan social, c’est suffisamment horrible comme ça.

C’est tellement triste.

Et tout ça, juste après Noël, la grande “fête” du surendettement.

De voir tout le monde fêter pendant que sa propre famille croule sous les dettes sans espoir de s’en sortir, surtout avec trois enfants, ça doit être tellement insoutenable… ça doit être épouvantable.

Encore une fois, les Laliberté ont été de bons citoyens et au moment où ils avaient le plus besoin de nous, la société, nous les avons collectivement laissé tomber.

Où sont les bons emplois? Vous savez, les emplois qui paient assez pour qu’une famille arrive — ils semblent s’être évanouis, probablement quelque part entre la vente de nos sièges sociaux aux étangers et la délocalisation massive de notre industrie manufacturière.

La femme travaillait dans une boutique, probablement au salaire minimum. C’est clair que c’est mieux de rester à la maison, à ce compte-là. Payer une mère de famille seulement 8,50$ de l’heure, c’est de lui rire en plein visage. Et le mari qui n’a jamais eu le temps de faire “lever” son emploi sans filet (d’agent immobilier pour La Capitale) devait vraiment passer des moments pénibles.

Autrement dit, lorsque les Québécois ont de la difficulté à joindre les deux bouts, c’est l’enfer.

Les personnes en détresse auront beau appeler le CLSC, une ACEF ou une quelconque ligne (de type) “SOS Suicide”, ça prend soit…

  1. Un BON emploi, par les insultes au salaire minimum ou des emplois 100% à commission, non, de VRAIS emplois qui ramènent au moins 1,000$ par semaine (surtout avec trois enfants à nourrir); et
  2. Du CASH, oui, une grosse motte de cash… avec des billets de 20$, de 50$ et de 100$ soigneusement empilés tellement haut qu’ils ne rentrent plus dans la main — et deux fois plutôt qu’une.

Ça… et seulement ça, ça aide en période de crise.

Comme les “organismes” n’offrent rien de cela (tout en nous coûtant très cher, paradoxalement), ils n’auraient été d’aucune utilité -réelle- même si le couple les avaient contactés. Prétendre le contraire relèverait de la pensée magique.

Mes pensées vont aux enfants, au père de famille et à cette mère totalement désemparée qui doit désormais vivre avec ses propres remords en plus du regard du public qui se permettra, fort probablement, toutes sortes de commentaires sur ce qu’elle aurait dû faire… sigh.

Au plan social, notre compas moral devrait nous motiver à cesser d’offrir des services qui ne mènent nulle part et les remplacer par des enveloppes remplies d’argent qui, de toutes façons, nous reviendront rapidement via l’impôt, les taxes et toutes les autres “perceptions”.

Il va falloir se faire à l’idée que nous avons une grosse réflexion à faire par rapport à l’endettement excessif des ménages parce que sinon, nous pourrions perdre d’autres bon citoyens qui, pour toutes sortes de raisons, ne voyaient plus de façon de s’en sortir.

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