Jacques Parizeau n’est plus

C’est lundi soir, le 1er mai 2015, vers 20h que l’ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau a trouvé la mort, à l’âge vénérable de 84 ans, après un long combat contre la maladie.

C’est au terme d’un long combat contre la maladie qu’il s’est éteint, à savoir 5 mois d’hospitalisation à traverser les épreuves, les unes après les autres, avec courage et détermination (un cancer généralisé venait d’être découvert, après des mois de dialyse en raison de ses reins qui ne fonctionnaient plus).

C’est son épouse Lisette Lapointe qui en a fait l’annonce, quelques heures plus tard, vers minuit, sur les médias sociaux: “Immense peine ce soir. L’homme de ma vie est parti. Tout en douceur, entouré de plein d’amour… Infinie tristesse et un vide immense…”

Toute la classe politique a été secouée par la perte de cet homme de tête et de cœur qui a activement milité pour sa vision d’un Québec souverain et non une “simple province”, dans un “autre pays”.

Souvent qualifié de “belle mère” parce que malgré son retrait de la vie politique, il ne l’a jamais quitté, ajoutant son grain de sel —parfois incendiaire— à toutes sortes de nouvelles politiques et sociales. Personne ne pourra cependant lui reprocher son langage franc et sans détour, surtout en ce qui avait trait au projet de souveraineté du Québec.

Né à Montréal le 9 août 1930 au sein d’une famille de la « bourgeoisie canadienne-française », Jacques Parizeau a été l’un des architectes de la Révolution tranquille avant d’être nommé ministre des Finances par René Lévesque en 1976.

Chef du Parti québécois de 1988 à 1996, il a été élu premier ministre du Québec en 1994. Il a tenu, l’année suivante, un référendum sur la souveraineté. Cette soirée du 30 octobre 1995 est marquée par la victoire à l’arraché du non et par les propos controversés de son discours de défaite.

Il a ensuite démissionné de son poste, après avoir passé un an, quatre mois et deux jours au pouvoir.

Les partisans de l’option souverainiste se souviendront de lui comme un homme d’idées et de chiffres qui a donné une meilleure crédibilité économique au projet de faire du Québec, un pays.

La souveraineté du Québec était d’ailleurs sa toute première motivation, en politique et même après.

Il sera finalement mort avant que le Québec n’ait pu devenir, comme il le souhaitait, le pays de tous les Québécois.

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Parmi les nombreuses réactions dans les médias sociaux, on retrouve celle du nouveau chef du Parti québécois, Pierre-Karl Péladeau qui a déclaré “Le Québec est en deuil. Mes sympathies à nous tous et toutes. Un des grands bâtisseurs de notre modernité.” et du chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu qui a écrit “Tout le Québec est en deuil. Jacques Parizeau a été un des grands bâtisseurs du Québec moderne, un libérateur de peuple.” — des éloges bien senties qui vont dans le même sens que ce tweet de Lisette Lapointe, sa femme qui a publié “Immense peine ce soir. L’homme de ma vie est parti. Tout en douceur, entouré de plein d’amour… Infinie tristesse et un vide immense…”, on comprend que le départ de M. Parizeau a de quoi émouvoir.

Au nombre des hommages qui lui ont été rendus par de nombreux acteurs de la classe politique, il y a celui de l’Assemblée nationale qui a entériné la proposition suivante, annoncée par Philippe Couillard et ce, de façon unanime: “L’État québécois de 2015, qui lui doit tant, doit proposer une façon durable de prolonger sa mémoire. J’annonce donc l’intention du gouvernement de faire en sorte que le siège social de la Caisse de dépôt et placement du Québec à Montréal porte à l’avenir le nom d’édifice Jacques-Parizeau.” — Mme Lapointe, a remercié les parlementaires pour leur geste dans un message diffusé sur les réseaux sociaux.

Plusieurs Québécois pleurent la mort de M. Parizeau mais d’autres, parfois de manière moins gracieuse, se réjouissent de son départ. Dans la presse anglophone, des voix hargneuses se sont fait entendre pour dénoncer un homme qui, à leurs yeux, avait fait preuve de racisme lorsqu’il a blâmé sa perte référendaire sur l’argent et les votes ethniques. Or, en toute franchise, c’était très exactement ce qui avait eu cours alors il n’avait fait qu’être égal à lui-même en livrant la pleine mesure de sa pensée aux Québécois. Il n’aimait pas les jeux de mots et certains observateurs trop critiques aimaient pervertir ce trait admirable de sa personnalité pour avancer leur propre agenda anti-souveraineté.

Ainsi, un personnage important de l’histoire moderne du Québec s’est éteint et ça a annulé tous les travaux parlementaires d’hier, mardi, à l’Assemblée nationale. Il faut d’ailleurs remonter à 1996, à la mort de Robert Bourassa pour constater une mesure aussi exceptionnelle.

À sa famille, ses amis et tous ceux qui l’aimaient, nous vous transmettons nos plus sincères condoléances et à Jacques lui-même, nous envoyons une pensée pour l’accompagner dans son nouveau voyage.

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