Au moment de publier ce billet, l’important lien assuré par le tunnel Louis-Hippolyte La Fontaine, entre Longueuil et Montréal montre des signes de vieillissement.

Non-seulement les quelques 133,000 automobilistes qui empruntent quotidiens le tunnel voir les languettes de bois vissées dans le béton pour éviter qu’il ne s’effrite et tombe sur les véhicules mais l’ensemble de l’infrastructure aurait besoin d’une réfection majeure. Tellement que le ministère des Transport du Québec évalue tous les scénarios, dont celui qui forcerait la fermeture des tubes, en alternance, pendant au moins 24 mois.

Un autre scénario parle de maintenir les deux tubes ouvert pour ne fermer qu’une voie à la fois, dans chaque tube. Cette réfection majeure qui doit débuter en 2015 ou en 2016 priverait donc les automobilistes, les transports en commun et les camionneurs (environ 2,500 par jour) d’un lien rapide entre la rive-sud et l’île de Montréal.

Des experts avancent déjà que les conséquences d’une telle fermeture du tunnel La Fontaine seraient inédites à Montréal.

Qui plus est, cette fermeture risque de survenir au moment où le pont Champlain, reliant Brossard à Verdun serait lui aussi partiellement fermé pour cause de réparations majeures. Et le nouveau pont Champlain « à péages » ne serait pas prêt, lui non-plus.

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Même quand le tunnel La Fontaine est pleinement opérationnel, les bouchons de circulation —surtout aux heures de pointe— font perdre un temps fou aux usagers. Imaginez le scénario-catastrophe si ce lien devait être réduit de moitié ou pire, complètement fermé. Ce serait essentiel de prévoir des mesures de contournement mais à part le transport en commun, qu’est-ce qu’on pourrait faire?

Et bien, voici des idées à pondérer…

  • Mise-en-place de traverses de passagers, par bateau, entre un terminus d’autobus de la rive-sud et un autre terminus d’autobus de l’Île-de-Montréal;
  • Installation d’un traversier pour y faire passer des centaines d’automobiles à la fois, un peu comme la traverse Québec-Lévis (c’est moins attrayant qu’un tunnel mais si celui-ci ferme, on en aurait besoin);
  • Penser à bâtir un 2e tunnel avant de réparer l’autre, si c’est possible, bien entendu… et le garder ouvert, après, pour le transport lourd, par exemple;
  • Installer le premier lien en monorail (comme celui de TrensQuébec) sous l’eau, dans un tube, ce qui serait moins complexe à bâtir qu’un tunnel et qui pourrait déplacer un nombre très important de passagers (et de marchandises) entre le sud et le nord; ou
  • Mettre en place le plus gros projet de télétravail au monde avec un effort collectif de tous les employeurs qui peuvent offrir cette alternative à leurs travailleurs, ça pourrait faire diminuer la circulation automobile de manière importante… et ça pourrait être suffisant pour qu’en s’en sorte mieux.

On pourrait aussi s’imaginer un service de navette via de mini-Zeppelins (ou « airships », en anglais) mais ce serait peut-être un peu trop ambitieux alors on devra se concentrer sur les liens maritimes et routiers (autant que possible, via un nouveau tunnel).

Il serait peut-être aussi opportun d’étendre la ligne jaune du métro de Montréal qui se termine à Longueuil. Avec l’augmentation de la population sur la rive-sud, il serait temps de faire une grande ligne qui dessert Boucherville jusqu’à Brossard. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas creuser deux nouveaux liens vers l’Île-de-Montréal, soit un près du tunnel La Fontaine et un autre près du point de traverse du pont Champlain?

Aux grands maux, les grands moyens!

La fermeture anticipée du tunnel La Fontaine nous force à transformer cette épreuve collective en solution innovante pour éviter de frapper un mur lorsque ces voies deviendront impraticables.

Le MTQ a beau penser à tout ça, rien n’empêche de leur envoyer quelques idées. Leur porte-parole, Sarah Bensanoun, se fait d’ailleurs très prudente dans ses déclarations. C’est difficile d’avoir une idée du niveau de « créativité » du MTQ pour éviter les énormes problèmes de circulation quand les travaux commenceront.

Nous devons collectivement réfléchir à des solutions parce que l’impact social et économique de la fermeture, partielle ou complète, de deux importants liens entre les rives dépasseraient tout ce qu’on a connu, dans l’histoire du transport, à Montréal.

Selon les informations publiées par TVA Nouvelles, le consortium constitué de trois entreprises, soit BPR (contrôlée par l’américaine Tetratech), Hatch, Mott Macdonald (une entreprise ontarienne) et SNC-Lavalin vient d’obtenir le mandat de préparer l’avant-projet préliminaire et définitif et de proposer la solution « optimale » au gouvernement afin d’aller de l’avant avec le projet de réfection estimé à 400 millions.

Un gros mandat qui doit être réalisé dans un délais « optimal » d’au maximum deux ans, selon la demande du MTQ au consortium mais à quel point une telle demande est-elle réaliste, compte tenu de l’importance des travaux à réaliser?

L’objectif est de prolonger la vie du tunnel de 30 ou 40 ans.

C’est fort louable mais il s’agit d’une infrastructure stratégique et on peut, en tant que contribuable, se demander comment les choses ont pu en arriver là. N’y a-t-il pas des programmes d’entretien préventif, pour le tunnel? Comment se fait-il que les choses aient pu se détériorer au point qu’il faille investir des centaines de millions de dollars, juste pour le réparer?

On peut penser que le tunnel a été victime du même sous-financement et de la même négligence qui a frappé d’autres de nos infrastructures. Qu’importe, le tunnel aurait dû être entretenu en permanence. Même constat pour le pont Champlain qui n’aurait jamais dû être laissé à lui-même pendant tant d’années.

C’est bien beau bâtir des infrastructures mais si on ne les entretient pas, il faut s’attendre à des factures très salées pour les « réparer », de manière ponctuelle (là, on parle de 400M$ mais ça pourrait coûter bien plus cher que ça). Pour une raison un peu obscure, le MTQ ne semble pas apte à appliquer les principes 1) de la précaution et 2) de l’entretien préventif pour les infrastructures qu’il a sous gestion.

Pour l’heure, les automobilistes qui doivent faire le transit sud-île tous les jours pourraient tenter de se magasiner une maison sur l’île, directement. Même chose pour les Montréalais qui travaillent sur la rive-sud, le temps est peut-être venu d’aller payer moins cher de taxes municipales à Longueuil.

À l’intention des camionneurs, le gouvernement aura peut-être le temps de bâtir des installations inter-modales vers le transport maritime et ferroviaire pour prendre au moins une partie de la charge des transports inter-rives mais dans les faits, ça risque d’être quand même passablement chaotique.

Ça ne sera pas facile mais les automobilistes de la grande région de Montréal ont prouvé leur résilience, face aux problèmes de circulation mais ce n’est pas pour autant qu’il faille nécessairement tester leur patience!

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