Qu’importe où vous habitez au Québec, la question d’un péage sur le pont Champlain vous concerne.

Au premier chef, ce sont les banlieusards qui habitent Brossard et ses environs qui devront payer des passages variant (selon nos sources) de 3$ à 7$ ce qui signifie qu’on peut s’attendre à ce que ça s’établisse à 5$ soit 10$ par jour, pour l’aller vers Montréal et le retour vers la rive-sud… ouch!

En fait, ouch pour ceux qui ne gagnent pas un gros revenu parce qu’en admettant qu’un travailleurs de la rive-sud doive se rendre à Montréal 5 jours x 4 semaines = 20 jours x 10$ = 200$ par mois x 12 = 2,400$ par année.

Pour un riche avocat, un médecin ou un propriétaire d’entreprise, 2,400$, c’est du petit change. Pour un ouvrier ou une secrétaire, par contre, c’est considérable parce qu’advenant un salaire annuel brut de 38,000$, ça représente 6,32% du budget total… pas surprenant que les opposants au projet de péage sur le pont Champlain soient si nombreux.

Le ministre des infrastructures canadiennes, Denis Lebel répète sans cesse « pas de péage, pas de pont » et en ce sens, il n’hésite pas à prendre les 160,000 usagers quotidiens du pont en otages. Pour lui, remplacer une infrastructure nationale (parce que ça sert à l’ensemble du pays) de 5MM$ doit nécessairement peser sur les épaules des usagers quotidiens parce que dans son idée (on pourrait dire « dans son entêtement »), il qualifie le futur pont Champlain d’infrastructure locale.

Ouep… locale!

Les 20MM$ de transit de marchandise, annuellement, vers les États-Unis profitent au Canada en entier. Et là, avec le libre-échange avec l’Europe, ça va encore augmenter.

N’en déplaise à Denis Lebel, le pont Champlain n’est pas une infrastructure locale. C’est un lien national entre l’Île-de-Montréal et la rive-sud qui permet au transport de générer de la richesse.

Qui plus est, l’amortissement du futur pont Champlain doit théoriquement avoir lieu sur 125 ans alors on va arrêter de pleurer avec les 5MM$ parce que ça représente environ 40M$ par année!

Or, juste en transit commercial (à hauteur de 20MM$ par année, comme c’est le cas, maintenant), on parle de 2,5 trilliards de dollars, sur une période de 25 ans… clairement assez pour « financer » le pont Champlain.

S’il y avait un péage, en assumant 160,000 passages par jour à 5$ par passage, ça signifie une entrée de 800,000$ par jour x 365 jours = 292 millions de dollars par année et sur 125 ans, on parle de 36,5 milliards de dollars! Pas surprenant que Denis Lebel tienne tant à SON péage… ça va faire de lui une superstar, chez ses collègues conservateurs et aux yeux de Stephen Harper qui va rouler sur l’or avec ces importantes entrées d’argent, perçues également entre les plus pauvres et les très riches (aucune ventilation ou accomodement).

Juste pour qu’on s’entende sur les chiffres, clairement, ils seraient plus élevés en raison de l’inflation annuelle mais bon, on s’en tient à un calcul simple pour se comprendre et se donner une idée des proportions.

Alors même si 36,5MM$ de dollars sur 125 ans, c’est BEAUCOUP d’argent, ce n’est RIEN comparé aux 2,5 trilliards de dollars en échanges commerciaux (principalement avec les États-Unis)… on parle de seulement 1,46%… vraiment, c’est minuscule.

Le gouvernement fédéral fait donc AMPLEMENT D’ARGENT avec les échanges commerciaux transitant via le pont Champlain (ne serait-ce qu’avec la TPS de 5% sur ces marchandises) alors pourquoi tenter de forcer un péage dans la gorge des automobilistes montréalais?

C’est une question qu’il va falloir poser au ministre Denis Lebel, le jour où il acceptera de parler franchement à la population de Montréal. Pour l’instant, on doit se contenter de réponses en cannes et de messages passablement unidirectionnels. Vraiment poche mais bon, il a le pouvoir et tient à son péage alors on même si le gouvernement du Québec et la ville de Montréal sont contre, il faut prendre sa position pro-péage en compte.

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(les photos viennent de cette galerie « coup de cœur »)

La suite des choses devrait être de bâtir ce pont mais en même temps, ça coûte tellement cher qu’il faudrait penser à la possibilité de creuser un tunnel, plutôt que de faire un pont.

Pourquoi?

Parce que le tunnel Louis-Hippolyte La Fontaine va probablement devoir être lourdement rénové ou carrément recreusé (moins probablement mais quand même évoqué). Si c’est le cas, pourquoi ne pas profiter de la présence de la grosse machinerie de creusage pour faire deux tunnels, plutôt qu’un seul… et les faire comme du monde, cette fois-là?

La voie navigable du St-Laurent nous force à bâtir un pont Champlain très haut dans les airs et donc, très coûteux. On pourrait bâtir un pont plus bas, comme ceux qu’on a de Montréal à Laval et on économiserait plusieurs milliards mais là, il faut garder « la porte ouverte » pour les navires qui vont vers les Grands-Lacs et en arrivent et donc, d’une certaine manière, on subventionne l’industrie ontarienne, américaine et de l’Ouest du pays pour qu’ils puissent continuer à faire circuler leur navires de transport sur notre fleuve St-Laurent et sous notre pont Champlain (apparemment « local », selon Denis Lebel… qui est pas mal seul, avec Stephen Harper, dans son coin).

Avant le pont Champlain, on se servait du train pour transiter les marchandises et Montréal prospérait en raison des bons emplois en transport par train mais depuis la construction du pont Champlain, cette industrie a périclité et elle n’est plus l’ombre d’elle-même. Avec le pont Champlain, le Québec a donné un accès « à volonté » au fleuve à tous les industriels à l’ouest!

Donc, on s’appauvrit collectivement, au Québec, pour que nos voisins à l’ouest de Montréal puissent s’enrichir? Et il faudrait payer un péage « local » pour financer ce nouveau pont, bâti beaucoup trop haut pour nos besoins « locaux » afin que le commerce maritime « national » puisse prospérer?

Ben, voyons… la logique pro-péage de Denis Lebel ne tient pas la route!

Il est temps que les Montréalais (et tous les Québécois) se liguent CONTRE les péages parce que c’est une insulte à notre intelligence.

On a même pas parlé de la valeur commerciale du travail effectué par les gens de la rive-sud sur l’Île-de-Montréal. Comme si l’île pouvait vivre en vase clos… sous une proverbiale cloche de verre! La métropole a besoin de ses accès qui enjambent le fleuve, dans toutes les directions. C’est l’évidence-même qu’une île a besoin de liens vers le continent.

Denis Lebel a essayé de vendre sa salade mais ses arguments sonnent faux et on sent l’opportunisme politique de dire au reste du Canada que les Québécois paieront à peu près seuls le nouveau pont Champlain qui demeurera un lien absolument essentiel pour l’enrichissement économique canadien. Ouh! La belle petite entourloupette politique qui va péter en pleine face de ces discrets conservateurs quand les Québécois vont se lever et dire NON aux péages.

Mais…

Il est justement là, le problème.

Les Québécois, souvent endormis et passifs contre ce genre d’incurie (via des péages) qui a déjà pu avoir lieu avec deux autoroutes, l’A-25 et l’A-30… les Montréalais croyaient peut-être faire une bonne affaire mais quiconque paie des passages sur ces voies sait que ce n’est pas gratuit… loin de là. Et est-ce que nos impôts on baissé? Est-ce que les taxes sur l’essence ont baissé? Non et non… et ça continuera d’être non parce que les Québécois —et surtout les Montréalais— se font tondre la laine sur le dos et n’ont pas encore assez souffert pour dire « c’est assez ».

C’est assez, les comparaisons boiteuses entre Montréal (qui n’a presque pas de péages, heureusement) et Londres (en Grande-Bretagne) où il en a partout, au point où c’est devenu carrément abusif. Les automobilistes anglais s’en plaignent mais un peu comme les conservateurs de Stephen Harper, avec son docile ministre Denis Lebel en tête, personne ne les écoute.

Il va d’ailleurs falloir que les automobilistes anglais parlent plus fort pour forcer les administrateurs londonniens à leur permettre de circuler sans devoir se déposséder de tout leur revenu discrétionnaire. Pour quiconque a été faire un tour à Londre, les péages sont devenus des nuisances importantes au droit fondamental de circuler, en automobile.

C’est vraiment le modèle londonnien qu’on veut amener à Montréal?

Ish… non!

Vraiment pas! C’est tellement épouvantable le clivage riches-pauvres que les péages ont exacerbé, à Londres… on ne veut pas de ça à Montréal.

Notre économie canadienne est assez forte pour supporter la construction d’un nouveau pont Champlain ou mieux, d’un superbe tunnel multi-voies alors le ministre Denis Lebel doit arrêter son chantage en faveur des péages et refaire ses calculs pour réaliser que le pont Champlain fait très bien ses frais, déjà.

Amis montréalais, que vous conduisiez ou non, les péages vont affecter le prix de TOUS les articles que vous consommez alors impliquez-vous pour faire valoir votre opinion, à propos d’un éventuel péage sur le nouveau lien qui doit être construit entre Brossard et Montréal.

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