On le sait, les drogues demeurent un important problème de santé publique, au Québec.

Parmi les drogues qui causent des dommages importants à la santé des Québécois, on trouve le fameux « crystal meth » dont le Dr Réjean Thomas parle dans un message qu’il a publié, dans Facebook.

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Avant de contextualiser ses dires, forts importants pour sensibiliser le grand public à ce propos des ravages du « crystal meth« , voici ce qu’il a publié:

URGENCE CRYSTAL METH. APPEL À LA SANTÉ PUBLIQUE.

LA PIRE CHOSE QUE J’AI VU DEPUIS LONGTEMPS.

PARTAGEZ SVP.

Je suis effrayé devant l’utilisation importante de la crystal meth parmi les patients que nous voyons.

Cette drogue fortement addictive cause des dégâts incroyables. Elle touche toutes sortes de personnes de toutes les classes sociales.

Les gens deviennent accros rapidement, perdent leur emploi et prennent des risques importants au détriment de leur santé physique et mentale.

La santé publique doit réagir.

NOMBREUX SUICIDES…

Il faut des campagnes de sensibilisation de façon urgente.Il faut des programmes spéciaux de desintoxication et plus encore.

La santé des jeunes et des moins jeunes est en jeu. Qu’attendons nous?

La méthamphétamine est une drogue de synthèse psycho-stimulante hautement addictive. Elle provoque une euphorie et une forte stimulation mentale.

Pure, la méthamphétamine se présente sous une forme solide cristalline (d’où sa dénomination de « crystal »), incolore et inodore, qui peut rappeler du verre pilé ou de la glace (d’où sa dénomination de « ice »). Elle se consomme généralement fumée dans une pipe (plusieurs s’injectent aussi avec le danger du vih et de l’hépatite C).

Aux États-Unis, elle est aussi appelée meth, crystal meth, crystal, ice ou encore Tina.

Ce n’est pas le premier médecin à sortir publiquement contre les drogues mais c’est important que de telles sorties aient lieu.

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Pour ceux qui ne connaissent pas le Dr Réjean Thomas, voici comment Wikipedia le présente:

Réjean Thomas, C.M., C.Q., MD, LMCC, DHC, est un médecin né à Tracadie, au Nouveau-Brunswick, en 1955. Il est l’ex-président fondateur de Médecins du Monde Canada et fondateur de la clinique médicale L’actuel (à Montréal). Il est aussi impliqué dans la cause des homosexuels et il est très proche d’André Boisclair, l’ancien chef du Parti québécois.

Clairement, il a un intérêt pour la santé publique. C’est très noble et en même temps, on peut se demander si sa sortie pourrait faire partie d’une stratégie pour se sécuriser du financement pour combattre les effets du « crystal meth » mais bon, on va considérer que sa sortie n’est attachée à aucun agenda personnel et qu’il souhaite vraiment que le gouvernement du Québec « réagisse ».

Puisqu’il vient de publier son message, il n’avait peut-être pas vu qu’Olivier Godin, de l’Unité ITSS à l’INSPQ a publié, en date du 13 mai 2016, ce qui suit:

Les amphétamines et les méthamphétamines font partie de la même classe, mais les méthamphétamines sont deux fois plus puissantes. Le crystal meth est la déclinaison la plus pure de méthamphétamine sous forme de cristaux, de capsules, de comprimés ou de poudre.

Sur le cerveau, le crystal meth à trois effets. Cette drogue vient interférer au niveau de la sérotonine, de la dopamine et de la noradrénaline. Les impacts de cette drogue seront donc en lien avec le désir sexuel, le plaisir et la prise du risque.

Le crystal meth est l’un des plus puissants psychostimulants. Parmi les effets recherchés chez les utilisateurs on note : une grande assurance, une euphorie, une augmentation de la vigilance et de la libido et une diminution des inhibitions et de la fatigue. Outre les effets positifs immédiats que procure cette drogue, les effets physiques et psychologiques négatifs sont très préoccupants, entre autres son grand potentiel de dépendance.

En lien avec la santé sexuelle et les ITSS, ses utilisateurs sont plus portés à avoir des relations sexuelles à risque et donc, potentiellement transmettre ou acquérir une ITSS. De plus, les HARSAH séropositifs au VIH qui consomment du crystal meth seraient plus à risque d’avoir des relations sexuelles non protégées.

Le crystal meth aurait des impacts sur le VIH et les personnes séropositives. Il est possible d’observer une diminution du système immunitaire et une augmentation de la charge virale chez les personnes séropositives au VIH qui consomment du crystal meth. De plus, l’utilisation de crystal meth engendrerait un assèchement des muqueuses, ce qui entre autres les rendrait plus friables lors de pénétrations anales. Le risque d’acquisition ou de transmission d’une ITS est donc augmenté.

Certains cliniciens sont préoccupés, car ils observent une augmentation de la consommation de crystal meth chez leur clientèle HARSAH à Montréal, mais les données officielles sur le sujet sont difficiles à obtenir au Québec. La vigilance est donc nécessaire, mais d’autres données seront requises pour confirmer cette tendance. Il est de la responsabilité de chaque professionnel en ITSS d’ajuster son approche en fonction de ces informations. 

Autrement dit, la problématique du « crystal meth » est connue et documentée, à la santé publique du Québec.

Olivier Godin semble cependant donner raison au plaidoyer du Dr Réjean Thomas puisqu’il ajoute ceci:

Le crystal meth est une drogue qui mérite qu’on y prête une attention supplémentaire. Cependant, cette substance illicite reste peu consommée au Québec et au Canada. Il s’agit d’une problématique individuelle plutôt que populationnelle. Néanmoins, il faut garder en mémoire que sa consommation peut être plus élevée chez certaines populations concernées. Il importe donc de prendre en compte l’ensemble des drogues pour évaluer le risque d’une personne aux ITSS.

Pour davantage d’informations sur le crystal meth, ses effets et les ressources offertes, reportez-vous aux documents suivants :

Les effets surprenants du crystal meth(lien externe s’ouvrant dans une nouvelle fenêtre)

Clinique médicale du Quartier Latin – Meth et réalité

Ça donne à penser qu’il faudrait que le gouvernement du Québec investisse davantage pour mieux combattre le fléau du « crystal meth », ne serait-ce que pour mieux circonscrire l’ampleur du problème.

Mais la lutte contre le « crystal meth » a déjà fait l’objet d’un plan d’intervention, en 2006, au Québec:

Le Plan d’intervention sur la méthamphétamine (crystal meth) et les autres drogues de synthèse s’inscrit dans le prolongement des actions prévues dans le Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011.

Il préconise l’approche globale de prévention et promeut le développement des compétences et des habiletés des personnes, la consolidation des facteurs de protection, l’amenuisement des facteurs de risques et la réduction de l’offre et de la demande en matière de drogue de synthèse et ce, en regard de quatre axes qui sont : 1) la prévention, 2) l’intervention précoce, 3) le traitement et 4) la recherche et la formation.

La réalisation de ces interventions implique le ministère de la Santé et des Services sociaux et ceux de l’Éducation, du Loisir et du Sport, de la Justice, de la Sécurité publique, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et à la Société de l’assurance automobile du Québec.

Ce document s’adresse principalement aux organismes et aux intervenants qui œuvrent auprès des populations à risques et de celles qui fréquentent des milieux propices à leur consommation.

Ce plan était complet mais il ne semble pas avoir été reconduit lorsque le Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011 s’est terminé, en 2011. Nos problèmes actuels viennent peut-être en partie de là.

En ce sens, l’appel du Dr Réjean Thomas tombe à un bon moment pour se demander, collectivement, ce qui peut être fait pour combattre le « crystal meth ».

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Si la solution se trouve en partie du côté de la santé publique, une autre partie se trouve du côté policier. Il serait assurément possible de penser que la Sûreté du Québec pourrait travailler avec les autres corps de police du Québec et du Canada pour enrayer le « crystal meth » qui circule, en ce moment, via le système de distribution opéré par des groupes criminalisés.

Le gouvernement du Québec aurait donc plus de chance de succès en agissant à la fois du côté de la santé publique afin de traiter les consommateurs de « crystal meth » et du côté policier, afin de stopper quiconque tenterait de vendre cette drogue illégale.

Merci au Dr Réjean Thomas d’avoir pris le temps d’écrire son message, dans Facebook. Souhaitons que son cri d’alarme soit entendu et que le « crystal meth » soit mieux combattu, au Québec.

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