Le premier ministre libéral Philippe Couillard était entouré de plusieurs de ses collègues ministres pour annoncer, hier, le samedi 27 février 2016, un important investissement à l’usine de pneus Bridgestone, de Joliette.

L’investissement totalisant 312M$ est assumé à hauteur de 54M$, via une contribution du gouvernement du Québec, à savoir un prêt de 44M$ et en une contribution financière non remboursable de 10M$ (un don, en quelque sorte). Le tout afin de préserver les 1,300 emplois, à cette usine qui avait été inaugurée au milieu des années 1960.

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Sans surprise, il s’agit du plus gros employeur de la région et cet investissement servira à moderniser l’usine. En l’amenant à la fine pointe de la technologie et en remplaçant des équipements jugés désuets —dont certains qui seront robotisés— l’avenir de l’usine sera moins incertain, au cours des prochaines années.

Avec ces importantes améliorations, l’usine pourra produire des pneus d’un diamètre supérieur à 18 pouces. C’est particulièrement comique lorsqu’on pense à la « guerre verte » que mène le premier ministre Couillard avec sa très controversée taxe sur le carbone. Il est en train de subventionner des pneus qui vont aller sur les véhicules parmi les plus énergivores! Aucune cohérence du premier ministre, à cet égard.

Le problème, c’est qu’aucun nouvel emploi ne sera créé avec ces dizaines de millions de dollars qui s’ajoutent à notre dette d’État.

Seuls les 1,300 emplois actuels seront préservés.

Mais attention, l’usine sera graduellement automatisée.

Avec le temps, il deviendra plus difficile de maintenir tous ces emplois. À mesure que les robots vont prendre en charge des pans entier de la fabrication des pneus, des employés vont voir leur postes disparaître.

Philippe Couillard qui mentionne que l’usine augmentera sa capacité de production de 15% prétend que l’automatisation ne menace pas les emplois. Il y aura juste plus de pneus à exporter, principalement aux États-Unis.

Tant mieux si c’est le cas mais il n’y a aucune garantie que les robots ne prendront pas la place de plusieurs employés.

Des robots qui travaillent jour et nuit, sans pause et sans convention syndicale, c’est attrayant pour n’importe quelle compagnie, incluant Bridgestone.

Ainsi, lorsqu’un gouvernement comme le nôtre investit 54M$ pour moderniser un usine via une importante composante d’automatisation, ça peut assurer le maintient de l’usine ou la profitabilité (pour une transnationale japonaise, dans ce cas-ci) mais est-ce que ça assure vraiment les emplois?

À court terme, pendant que l’automatisation se met en place, c’est normal de garder un maximum d’employés mais quand les robots assurent l’essentiel de la production, on peut se demander si l’employeur ne sera pas tenté de se départir d’une partie de ses employés.

Il est probable que l’entourage du premier ministre Couillard ait joué la carte politique du court-terme, avec cette importante contribution, en fonds publics, dans le projet industriel d’une transnationale étrangère.

Saupoudrer des dizaines de millions pour acheter les votes dans la région de Joliette. Stratégique. Politique. Prévisible.

Mais…

N’y aurait-il pas eu une autre compagnie, de préférence québécoise qui aurait pu bénéficier de ces dizaines de millions?

C’est bien beau financer les projets d’une transnationale japonaise mais si on ne voit pas à développer nos propres grandes entreprises (pas juste Bombardier), l’avenir économique du Québec pourrait être particulièrement ardu.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard n’a pas vraiment d’intérêt pour le maintient des bureaux-chefs, au Québec. On l’a vu avec la vente de RONA à Lowe’s, le riche quincaillier américain qui conserve le bureau-chef de Boucherville à court-terme mais qui prend les vraies décisions, aux États-Unis. Les Libéraux n’ont pas levé le petit doigt pour défendre notre plus puissant quincaillier. Ça en dit long sur leur vision qui s’avère collée sur le court-terme. Pas de réelle vision à part celle de perdre, au fil du temps, nos moyens de se développer, économiquement.

Alors voilà, la population est contente de n’avoir créé aucun emploi mais d’en avoir maintenu, jusqu’à ce que l’automatisation déclasse des pans entiers de groupes de travailleurs.

Le Japon a de quoi se réjouir.

Je ne me rappelle pas une aide financière aussi importante de la part du Japon, envers une entreprise québécoise, ou canadienne.

Ça vous surprend?

À l’évidence, notre générosité a de quoi réjouir… les autres. Les multi-milliardaires de Bridgestone, dans le cas présent.

Ça fait penser à l’aide aux milliardaires de Bombardier, la riche famille Beaudoin qui engrange des milliards de dollars provenant du gouvernement du Québec pendant que ce même gouvernement libéral fait un chasse sans merci aux plus pauvres de la société. Ça envoie des messages très préoccupants.

Qu’importe votre richesse, les Libéraux de Philippe Couillard auront toujours des millions de cachés pour vos projets, même s’il faut couper dans les services d’éducation, de santé et de soutien au revenu, pour les plus vulnérables.

C’est comme un gouvernement mais à l’envers.

Plus pour les nantis, moins pour les pauvres.

Il va falloir avoir une très sérieuse discussion sur cette tendance lourde pro-enrichissement des ultra-riches, un jour, au Québec.

Personne —à part l’élite— ne gagne à ce jeu d’aide économique sélective.

Là, avec les 54M$ à Bridgestone, on conserve des emplois à court-terme et on paie pour les robots qui sont censés remplacer des employés.

C’est peut-être rendu ça, le développement. Dès qu’on se met à évaluer ce modèle, on se retrouve avec plus de questions que de réponses.

Le Québec d’aujourd’hui n’a pas à être bâti sur de vieilles technologies pour préserver des emplois mais au moins, si on est pour remplacer des employés par robots, il serait peut-être plus stratégique que ces robots appartiennent à des Québécois, non?

Sinon, Bridgestone pourra déménager ses robots où elle veut dans le monde et faire sa production où ça lui coûte le moins cher. Et rien n’empêche Bridgestone de retirer ses billes du Québec, quand elle le veut.

L’automatisation va changer le portrait du monde du travail, au Québec et ailleurs. Les emplois vont devoir évoluer aussi vite que les robots vont arriver. Est-ce que les Libéraux ont bien compris ce qui est en train de se passer?

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