Rassurez-vous, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard sort indemne de l’agression dont il a été victime, à Montréal, le jeudi 16 juin 2016, après avoir prononcé un discours pour dénoncer les meurtres survenus dans une discothèque d’Orlando.

Philippe Couillard n’a aucune blessure parce que le projectile qu’il a reçu était, apparemment, un papier noir, réduit en boule.

Personne ne peut blâmer une blessure en recevant un bout de papier sur la poitrine mais dans le contexte, ça demeure quand même une agression et Esteban Torres, celui qui s’en est pris au premier ministre, va devoir (on le souhaite) répondre de ses actes.

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Dans une société démocratique, même imparfaite, le respect doit primer, entre les gens. Lorsqu’il n’y a plus de respect, on s’expose à toutes sortes de dérives, comme celle d’Esteban Torres qui, selon la rumeur, aurait voulu envoyer son papier au-dessus de la tête de Philippe Couillard mais bon, c’est un papier et donc, celui-ci, lorsque lancé, ne s’est pas envolé et a atterri sur la poitrine de Philippe Couillard.

Un geste regrettable malgré tout car il traduit un manque de respect d’Esteban Torres contre un premier ministre élu, qu’importe la qualité de son bilan ou la justesse de ses décisions.

Déroulement

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Pour bien comprendre comment la situation a pu dégénérer rapidement, Jean-François Lisée qui était sur les lieux a publié ce qui suit:

Une agression en direct

J’étais à quelques pas du Premier ministre lorsque c’est arrivé. La cérémonie était presque terminée. Ne manquait que la chanson finale, « Over the rainbow ».

Je venais tout juste de féliciter Philippe Couillard pour sa prise de parole. Ça n’avait pas été facile pour lui. Dans la foule, les huées avaient été nombreuses lorsqu’il était monté sur scène. Il aurait été difficile de trouver parmi les milliers de personnes réunies un seul électeur libéral. Tous, probablement, avaient manifesté contre lui, ses politiques, ce qu’il incarne. Bref, une foule hostile.

Il a parlé sans texte. A dit tout ce qu’il fallait dire. Sur l’homophobie, le racisme, l’intolérance, le vivre-ensemble, le caractère exemplaire de Montréal.

À un moment, une partie de la foule s’est mis à scander un slogan anti-gouvernemental. Je n’ai pas bien entendu les mots.

« C’est aussi ça, la liberté » a répliqué Philippe Couillard. « Vive la liberté ».

Il a rappelé avec raison les avancées que l’Assemblée nationale a réalisé ces derniers mois pour reconnaître aux transgenres le droit d’avoir des pièces d’identité conformes à leur nouvelle identité. Il a parlé du projet de loi récemment déposé pour rendre la vie plus facile aux mineurs qui ont mal à leur genre et qui met le Québec dans le peloton de tête de la tolérance et de l’ouverture sur cette question.

« C’est une action de tous les partis, a-t-il dit avec raison. On ne fait pas de politique avec cette question là. »

Il fut applaudi. Il avait passé le test.

Puis vint le moment de rendre hommage aux victimes, une chandelle représentant chaque vie fauchée par la haine. Nous en avions chacun une à la main. Un beau moment de recueillement collectif.

Esteban Torres était debout à un mètre du Premier ministre. On sentait l’intensité chez ce jeune homme. Il s’était adressé à la foule, sur la scène, auparavant. Improvisant son texte, en espagnol, il avait dénoncé le colonialisme, la faim qui tenaille une partie de son peuple vénézuélien, d’autres agressions homophobes ailleurs dans le monde. Le poing levé, il incarnait le rejet du système, la colère, la fibre révolutionnaire. Il avait sa place dans le concert de réprobation.

Jasmin Roy, l’animateur de l’événement, avait bien souligné combien il était remarquable de voir réuni autour d’un même refus de la violence des personnalités aussi diverses. Il voulait dire: regardez, il y a ici des anti-capitalistes militants, il y a ici Philippe Couillard et ses ministres, tous unis au cœur du quartier gai, en solidarité avec des LGBTQ victimes de barbarie. C’est quelque chose.

Mais c’était trop pour Esteban Torres. Reprenant la parole alors que son moment était passé, il a fait une courte tirade que je n’ai pas bien comprise, puis a lancé « que empieza la revolucion! » (que commence la révolution!) en lançant quelque chose — on a dit un petite boule de papier noir — au Premier ministre.

Tout s’est passé très vite. Christine Saint-Pierre, qui était juste à côté de M. Couillard, a étendu son bras pour protéger son chef. Les gardes du corps sont intervenus, Torres a tenté de prendre un flambeau porté par une garde de sécurité de la fierté gai. Un constable — mon ancien garde du corps Robert Landry — le lui a arraché des mains.

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Ce n’est pas la sécurité qui manquait. Il y avait là les gardes du corps du Premier ministre, ceux de trois ministres du Québec, de la ministre Mélanie Joly, celui du chef de l’opposition Sylvain Gaudreault et celui de la consule générale des États-Unis.

Chacun a protégé son élu, d’autres ont agrippé Torres et l’ont emmené.

Un des organisateurs de l’événement, mon ami Steve Foster, était en larmes. Françoise David et moi avons tenté de le consoler.

Après seulement quelques secondes de stupeur, s’est élevé spontanément de la foule un mot, un seul, scandé de plus en plus fort. Le mot juste. Le mot rassembleur:

Respect, respect, respect, respect, respect…

Ce qu’on remarque, c’est à quel point il y avait de nombreux élus et dignitaires à cette cérémonie.

Clairement, la cause intéressait la classe dirigeante. Probablement parce que ça permettait de se rapprocher de la clientèle LGBT de Montréal mais aussi parce que ça allait dans le sens de leur discours de bannir les armes à feu.

Pas un mot sur le terrorisme. Rien sur la Charia islamique. Zéro sur le danger des interprétations anti-gays issus du Coran.

Comme quoi nos élites aiment bien jouer la carte du clientélisme mais ne veulent surtout pas se mettre les Islamiste à dos.

À travers ce qu’ils disent et ne disent pas, on comprend l’agenda de nos élus.

Ça finit bien

La une veillée aux chandelles en hommage aux victimes de la fusillade d’Orlando a beau s’être terminée dans la confusion, c’était un moment où les participants ont pu se recueillir.

Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie, a même parlé d’un « grand mouvement de tolérance et d’amour« .

Mme St-Pierre a aussi déclaré: « C’est triste que ce jeune homme là ait fait ça, parce que, finalement, l’évènement a perdu toute sa couverture. C’est lui qui a fait la couverture, alors qu’il venait de faire un message de tolérance et d’acceptation. C’est certainement quelqu’un qui a souffert aussi dans son enfance, dans sa jeunesse. C’est très dommage. »

Ce sont des choses imprévisibles qui peuvent, malgré tout, se produire.

Pour l’heure, le premier ministre Couillard n’entend pas pour autant modifier ses activités estivales à la suite de cet incident. En été, nos élus participent à de nombreuses activités, notamment dans leur compté mais heureusement, il n’y aura pas de têtes chaudes comme Esteban Torres, partout. Ou du moins, on souhaite qu’il n’y en ait pas.

Philippe Couillard a ajouté « On ne gouverne pas dans un bureau. Il faut être sur le terrain et voir les gens. » et ce sont là de bien sages paroles, surtout qu’il passe le plus clair de son temps derrière des portes closes. Un peu de lucidité mélangé avec des vœux pieux. C’est quand même drôle, lorsqu’on relit ça, au deuxième degré!

Pink Bloc

Mentionnons, en terminant qu’Esteban Torres est membre du Pink Bloc. Vous ne savez pas ce qu’est le Pink Bloc, alors voici LA définition:

Le Pink Bloc est un mouvement féministe et queer qui dénonce le capitalisme et l’oppression du patriarcat.

Le terme « Pink Bloc » désigne aussi une tactique de manifestation propre à ce regroupement, qui se veut à la fois festive et offensive.

Tous vêtus de rose, les manifestants abordent une attitude irrévérencieuse, usant d’humour afin de faire passer leur message.

Autrement dit, c’est un groupe dont des individus marginaux se réclament. Rien pour en augmenter l’attrait, pour le grand public.

Pour ceux qui veulent voir des photos de cette veillée qui a eu lieu au Parc de l’Espoir, dans le village gai, à Montréal, il y en a ici, dans Facebook.

Pour en savoir plus à propos de la fusillade à Orlando, consultez ce billet qui situe les événements.

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